L'oignon rosé de Roscoff a été importé du Portugal, au 17ème siècle, par un moine capucin qui sema les premières graines dans les jardins du couvent. La culture se développa au 18ème siècle, avec le déclin du commerce du lin. Mais ce n'est qu'en 1828 que la vente en Grande-Bretagne débuta, lorsqu'un jeune paysan décida de traverser la Manche pour aller faire du porte à porte et revint les poches pleines. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, c'était "une question de survie" pour les agriculteurs, dont le petit lopin de terre ne suffisait pas à nourrir leurs familles nombreuses. Ce n'est qu'à partir de 1920 que les Johnnies, surnommés ainsi par les Anglais, connurent, durant une décennie, leur période d'or. De fin juillet à janvier, les maraîchers sillonnaient à bicyclette les routes anglaises pour vendre leurs bottes d'oignons, réputés pour leur qualité gustative et leur longue conservation. Ils ont alors rapporté beaucoup d'argent et ont acheté, comptant, des champs et des maisons.
Des chapiteaux ont été dressés dans toute la ville pour accueillir les animations et nous craignons vue la situation de notre hôtel de ne pas fermer l'oeil de la nuit. Nous envisageons donc d'aller passer la nuit sur l'Ile de Batz au "Grand Hôtel Morvan" dont le nom n'a plus rien à voir avec la réalité ... Nous préparons un sac de voyage et embarquons en fin de mâtinée à bord de la vedette qui effectue la traversée en 15 minutes entre l'île et le continent toutes les 30 minutes. Aujourd'hui c'est jour de grande marée avec un coefficient 110 et les trajets sont interrompus dans l'après-midi ce qui est assez exceptionnel. L'île est longue de 3,5 km et large de 1,5 km. Environ 600 habitants vivent ici à l'année de tourisme, de la pêche , de la récolte du goémon et de la culture des primeurs. Il y a très peu de voitures mais pas mal de tracteurs qui complètent le travail des chevaux sur environ 35 petites exploitations tournées essentiellement vers l'agriculture biologique.
Nous déposons notre bagage à l'hôtel familial situé face au port. Nous sommes gentiment accueillis par le grand-père qui dirige l'hôtel avec sa petite-fille et nous indique notre chambre au premier étage. Ici rien ne semble avoir bougé depuis les années 50, couverture à carreaux, couvre lit à bouclettes, serviettes usées jusqu'à la trame, mais c'est très propre et nous avons une vue extraordinaire sur la rade.
Nous partons visiter le jardin exotique Georges Delasselle à la pointe Est de l'île, donc sous le vent. Le microclimat y fait vivre une flore quasi méditerranéenne. C'est en 1897 que cet assureur parisien est tombé sous la charme de l'île et décide de créer ce jardin dont il doit se séparer en 1937. Le jardin tombé à l'abandon a été restauré en 1987 par une équipe de bénévoles, il est aujourd'hui la propriété du conservatoire du littoral. Le jardin compte plus de 2000 espèces de tous les continents dont une exceptionnelle collection de palmiers centenaires. On y trouve également des cyprès de Lambert, des chênes verts et des pins noirs d'Autriche qui permettent de protéger le site contre le vent et les embruns. A chaque déplacement sur les chemins du jardin nous avons une vue directe sur mer et c'est vraiment magnifique. Pour avoir visité de nombreux jardins, et récemment le jardin Majorelle de Marrakech, nous sommes ici vraiment sous le charme de ce petit havre de paix.
Pour se restaurer, l'Ile dispose de 5 crêperies, d'une pizzéria et d'un restaurant traditionnel. Nous déjeunons à la crêperie "la Cassonade" située sur le quai et recommandée par le guide du routard. L'accueil y est très sympathique et les crêpes délicieuses. On trouve également ici, deux commerces d'alimentation, une boulangerie, une boutique de souvenir, un bar-tabac presse et un coiffeur !
En fin d'après-midi, nous empruntons le circuit Ouest de l'île qui passe devant l'église, la câle du Vil où accostent les bateaux de pêche et se poursuit jusqu'au phare. Celui-ci a été construit entre 1832 et 1836 en granit de l'île. Il est haut de 44 m au dessus du sol et de 68 m au dessus du niveau de la mer et comporte 198 marches. Il est automatisé depuis 1995 et ses 4 éclats blancs en 25 secondes ont une portée de 23 miles. De cet emplacement, nous avons une très belle vue panoramique sur toute la côte Ouest.
Nous faisons une halte à la crêperie du phare et admirons le paysage, un verre de "duchesse Anne" à la main... nous retournons dîner à la "Cassonade" qui sert une excellente soupe de poissons et de copieux pavés de poisson. Des clients sont venus du continent en famille avec leur bateau, ils ont juste le temps de dîner dans cet endroit tranquille et reposant avant la nouvelle marée.
Notre voyage se termine, demain nous reprendrons la vedette pour Roscoff et notre voiture pour la Bourgogne. Nous avons passé un excellent séjour et il nous reste encore beaucoup de choses à visiter. Nous notons quelques adresses d'appartements à louer pour rester un peu plus longtemps la prochaine fois.

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